Vendredi 12 janvier 2007
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18:50
Décalée des mots. Je suis à l’affiche sur toutes les lèvres et les placards publicitaires me rendent transparente.
Je regarde derrière moi cette voiture verte à plat si haut perchée, mon regard est détourné par un monticule de terre, des traces de verdure, des nuages dans le ciel alors je m’éloigne par les yeux, je devine la ville ou plutôt une autre ville, celle-là je la connais trop par cœur…je rêve de fatigue et je laisse passer les voitures qui montent, je ne parviens plus à ajuster les distances, non…je n’ai pas envie de calculer, de laisser mon cerveau me piloter…
Je laisse passer le défilé. Il y avait un cheval mais trop tard pour me retourner.
Qui sont toutes ces personnes que je croise ? Où vont-elles ? Elles rentrent chez elles ou alors achever les soldes ou alors se dépenser en achats…Elles font comme tout le monde, elles font comme moi, je fais comme elles. Je suis un robot. Et ceux devant qui continuent toujours tout droit. Moi je bifurque à droite et j’entre enfin dans « mes terres », peu à peu je quitte la laideur et le bruit, quelques traces encore de ci delà, c’est l’espace enfin de gauche à droite, la nudité de la terre et au loin les collines qui se dessinent, les nuages tous ces nuages, tout ce ciel, même gris presque noir, même la nuit sans étoiles, la lune en demi voile, c’est beau, c’est bon, ça me fait du bien, c’est l’appel de chez moi. Je commence à aller mieux, je me décrasse de ma journée, je retiens des paroles échangées, des situations cocasses, je souris et j’entame la chanson des dernières heures passées. Je ne croise plus personne, la route est vide pour moi, je la remplis en dépassement de pointillés, je mordille comme dans le gâteau de mon goûter. Et soudain j’ai faim, je me souviens de mon corps, mes pieds me rappellent qu’ils existent. Je pense à rentrer vite. Je réussis à chanter, à étendre ma jambe gauche, j’entrouvre la vitre en clignotant sur le bouton d’ajustement, la dernière option électrique qui ait résisté au temps. Même si demain tout recommence, je savoure d’arriver, comme si je venais de gagner ma liberté, une évasion de quelques heures avant d’être reprise et repartir pour le pénitencier. Je m’en fous parce que demain je recommencerai.
La rue, ma rue avec encore tous ces pères noël que le vent n’a pas su décrocher, toutes ces voitures parce que voilà c’est la fin de semaine, toute ma maison enfin qui demain sera la seule à s’éveiller aux aurores. Mais ce sera bien de refaire ce trajet dans l’autre sens et de traverser le monde endormi, comme si moi aussi je dormais encore, sans vigilance puisque la vie est en sursis. Un voyage reposée reposant, ultime dernière ligne droite avant le repos dominical…Le repos ? Le repos, l’oubli du garde-à-vous, le relâchement vestimentaire, la trac’mobile au garage et puis…et puis…tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire…Mais là ! tant pis si au lieu de…je me libère de mes pieds sur la terre jusqu’au bord de la mer…
MOTS