Mercredi 6 mai 2009

 

 

Elle dépose sa prison de fer au pied de l’arbre et dans les reflets de l’eau calme de l’étang, baigne les blessures infligées par l’armure.

Elle s’abandonne à l’onde comme à des bras, comme elle s’abandonnait aussi parfois en écrivant.

Certains jours, l’armure s’effaçait d’elle-même, son corps battait la mesure avec le temps, il se dépensait de choses belles,  son âme pouvait alors respirer, la laissant s’abandonner aux rêves.

La Lune innocente jette des regards d’étincelle au pied de l’arbre, faisant naître des étoiles sur la carapace inerte, le cygne noir lui se perd sur le miroir, il nage libre, confondu à la nuit.

Certains jours, l’armure s’effaçait sous les caresses de l’amour, alors son corps battait à la mesure de l’autre et son âme disparaissait dans la chaleur de son cœur.

Elle flotte à présent, au milieu de l’étang, l’air est si doux du songe de l’été, qu’un souffle à l’oreille vient lui murmurer qu’au pied de l’arbre, elle trouvera la robe bleue tissée par les elfes d’une fée.

Certains jours, l’armure s’effaçait pour une robe de bure, alors ces jours-là, elle pleurait de n’être personne, qu’une couleur fondue au vide d’une compagnie de soldats tristes.

La peur soudain la gagne de ne plus retrouver l’armure au pied de l’arbre. Elle commence à s’agiter si fortement que l’étang connaît ses premières vagues. La marée devient si violente qu’elle emporte la cage désarticulée.

A l’aube, sous les premiers rayons du soleil, elle regagne la berge, mais rien ne l’attend, ni armure, ni robe bleue. Elle se retourne, l’étang n’est plus qu’une flaque au milieu d’un champ de boue.

Alors de la boue, elle s’enferme à nouveau… ne sachant pas encore, qu’enfin elle se délivre, offrant sa confiance, simplement au soleil et à la pluie.

 

                                                                                                     Asl&

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Mercredi 8 avril 2009

 

 

 

Mes yeux se ferment comme deux volets, je rentre chez moi, je ferme pour ne plus rien laisser entrer d’autre, j’ai trop, je digère les bruits, les mots, les marques de la peau, les rides fatiguées de soleil, ma mine éteinte, l’absence d’amour, mes envies de fuite, mes bras baissés et toute mon impuissance.

Mes yeux se ferment de lassitude, de n’être plus et de n’avoir jamais été.

 

Je ne savais plus quel jour c’était, du mardi ou du jeudi et il n’était que trois heures et demie.

Il y avait une trace bleue sur le mur, une marque de brosse à craie en translation de gauche à droite, en bruit de tac tac sur la pente verticale du béton dépoussiéré par le vent.

C’est là qu’enfin j’ai pu écouter le chant des abeilles, prise entre ces deux murs comme dans un couloir d’aéroport, là que j’ai pensé à une photo de cet endroit, pour te le montrer, pour te le dire.

Les abeilles… et moi j’étais debout de l’autre côté de la montagne et dans l’écho des cris des enfants j’entendais leurs prénoms et leurs visages.  

Il y avait un cerisier quelque part, un sud qui me regardait depuis le ciel dans les nuages bleus, j’aurais du m’asseoir sur la marche de la porte et me perdre à rêver dans les hautes façades blanches des maisons qui dépassaient le mur d’un air d’ailleurs, d’un air d’été, d’une rue qui m’avait toujours fait penser à la mer…J’aurais du mais j’étais trop épuisée.

Debout, rester debout, il me fallait marcher sans courir, sans donner l’envie de partir, jusqu’à la cour et ne pas perdre patience dans les deux heures qu’il me fallait encore tenir.

 

Mes yeux se ferment, j’ai de l’oubli à faire, de la mémoire à effacer, de la place à regagner, de ces parts de moi à recoller qui se sont détachées depuis l’instant où je me suis levée, j’ai de l’amour à entendre et à parler quand je me serai réveillée de tout le poids de mon corps.

Avant que tout ne recommence.

Je sais que demain, j’aurai encore dans la tête le ballet des abeilles et que je finirai bien par m’asseoir…

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Mercredi 18 mars 2009

La fille de l’insouciance se moque bien d’avoir de la chance, elle essaime les perles de son bonheur à tous les vents, les arbres sont les plus fidèles de ses amants, la solitude la plus aimante de ses servantes et l’amour le coeur d’une olive au piment rouge d’imprudence.

La fille de l’insouciance n’achève jamais ses pas de danse, elle finit toujours par s’envoler avec dans les mains de longs rubans rouges et blancs dont elle entortille les nuages avec l’émotion d’une enfant.

Et puis arrive un jour où la fille de l’insouciance trouve à l’olive le goût troublant de la passion. Sur le parquet de sa chambre à la pointe dressée de ses pieds, elle dessine une immense fresque d’arabesques retraçant la vie rêvée de quatre pieds sur terre à deux corps si étroitement liés qu’une seule pensée les unirait  par delà le ciel.

Alors, elle attache en collier les perles de son bonheur, les arbres par milliers sont autant de rivales, la solitude lui pèse le poids des nuits sans lune. Elle ouvre la fenêtre, descend le toit de l’innocence, autour du cou les perles se serrent si fort qu’elle en a mal mais il faut qu’elle parte pour l’île à double tour d’elles-mêmes.

Perdue sur la mer en doutes, elle erre des heures ou des années, les perles du collier incrustées dans sa chair lui rappellent la douleur d’aimer, mais elle se sent tirée, pressée par le bonheur qui vient d’ailleurs, de celle qui, sur la plage de l’île l’attend en amassant des hivers de coquillages depuis ce premier temps au goût troublant de l’olive rouge naissant.

Une heure ou un jour, elle se sent libre enfin, prise dans le filet des vagues, elle est ce voilier en bois d’olivier, si légère captive dans les blancheurs au mat dressé, que son collier devient la chaîne de l’ancre de tous les mots qu’elle a pour Elle.

Elle, et son corps de sirène qui tire si doucement, de la tendresse de sa bouche, tout le collier de ses amours et qui une fois sortie de l’eau, redevenue femme de la terre, de sa langue efface, et le bateau, et le voyage, et la fille de l’insouciance tombée du toit de l’innocence…pour lui nouer au fond des yeux les plus belles perles de nacre qui soient, celles qui se polissent à la caresse du jour qui vient juste à peine de naître.

Après, il n’y a plus de mots.
 

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Lundi 23 février 2009

 

 

Mon amour,

 

Il y a une colère qui sourde qui gronde et qui voudrait sortir et qui voudrait tout éclaircir. Je voudrais des larmes sur mes joues pour m’apaiser, un bon livre pour m’oublier, un film d’amour qui me fasse rêver, une balade sous la pluie pour me faire friser, mais je ne peux pas, quelque chose coince dans les rouages, je m’inertie dans le passé à la recherche d’un point zéro qui n’a jamais existé. J’ai une tempête en moi, une femme en furie qui ne me ressemble pas, je cherche d’où elle peut bien venir, j’ai peur qu’elle ne m’explose sans avoir trouvé, je la contiens contre moi, je me fais mal en m’ignorant. J’ai besoin de m’abandonner, de m’ouvrir, alors j’ai les mots qui s’offrent à moi mais j’ai peur de les saisir cette fois, qu’ils ne soient pas à la hauteur de mon débordement. C’est l’amour que je n’arrive pas à dire, c’est ce toi que je désire, ces envies qui me prennent dans le petit matin d’être le diable à pénétrer l’antre de l’intime en rouge et sang, les dents poussant vampires alors que je ne veux que t’aimer femme au berceau de mes bras, te caresser de nous en épuisement mais sans jamais te faire oublier ce lui que je ne serai jamais.

Ma colère est partie…comme ça…sous ces derniers mots, sortie sous le vent doux d’un parfum ami m’enserrant le coeur et qui a au creux de ses mains ton odeur.

J’aime votre amour.

Je peux enfin ôter le couvercle, à présent tout tourbillonne légèrement.

C’est dommage il s’est arrêté de pleuvoir, j’aurai pu libérer de sa boîte un de mes phantasmes…Mais je n’aurai pas beaucoup à attendre, d’ailleurs je n’attends pas, j’enterre ces deux dimanches à la suite et c’est déjà mardi qui rit…aux falaises blanches.

 

Je t’aime tu sais.

 

&

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Jeudi 12 février 2009

J’aimerais rester dans ce matin, dans la chaleur de notre amour, ce soir je n’aurai plus de mots, je sais, je me fondrai aux couleurs du ciel qui se meurt à la douceur d’une journée d’hiver… aux pastels de rose et de bleu.

J’aimerais rester à te lire, à boire le souffle chaud de tes mots, à mêler nos paysages, toi la mer, lui la montagne et moi mes collines de brumes. Rester à te dire combien je t’aime, l’émotion qui me parcoure comme une onde de bonheur quand je pense à toi, à toi et lui, à toi et moi, à nous, à nous trois, sommets d’un triangle isocèle toujours changeant et toujours fidèle, insaisissable aux mots, fait de silence, résonnant de rires, de tendresse, de sourires…et de colère parfois qui demande à sortir.

Ma tendre, mon épousée du ciel, mon Orion magnétique, j’aimerais rester encore un peu dans tes bras avant que le jour ne commence à grignoter mon temps, qu’il ne consume toutes mes forces…J’aimerais rester et ne brûler que pour toi, tout le jour jusque si tôt dans la nuit lorsque tu dormiras et que les ruisseaux chanteront l’horizon qui se lève de nouveau.


*cliquer sur l'image pour voir d'où mes photos viennent
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