Lundi 12 mai 2008

 

Asl& des brumes comptait les jours entre les dunes et les vagues, ses cheveux balayés par l’onde salée comme une épousée du vent, s’échappaient derrière elle en une longue traîne de sable d’or et d’argent.

Elle comptait sans vraiment compter, elle égrenait les souvenirs de tous les matins marchant entre terre et mer quand la lumière se faisait brumes comme dans ce matin perdu sans âge.

Les lèvres humides de la mer, elle avançait le long du temps.

Les larmes de la nuit s’étaient envolées une à une, à chaque pas retournant au ciel de la lune et sur son sourire se dessinait le baiser secret de l’arbre qui l’unirait à celle qui l’attendait.

Elle rêvait le cœur battant, l’amour la soulevait, ses pieds quittaient le sol tandis que l’air gonflait sa robe légère.

Au loin se détachait un voilier blanc miroir de son âme et ce fut dans cette peinture marine que prirent naissance les premières lueurs chaudes de l’été.

Le souffle du vent sur sa peau frissonnait, l’appel du goût du sel brûlant dans la bouche se faisait de plus en plus intense, elle se sentait prête à boire toute la mer s’il le fallait pour atteindre le voilier blanc qui la guiderait jusqu’à l’île de sous les vents.

La pointe de ses orteils effleura le sable humide, elle ôta le dernier fil à l’habit gonflé du vent des souvenirs…alors dans le ciel, la dernière trace du passé s’envola robe cerf-volant libre de toute attache.

Puis elle se mit à marcher les yeux dans le soleil pour se laisser porter par la première vague capable de l’emporter et de nager son être à la douceur de la liberté retrouvée.

L’eau glissait le long de ses bras, de sa peau, ses deux jambes serrées ondulaient tout son corps…ses narines se pincèrent et comme sous l’appel d’une sirène elle disparut au fin fond de la mer.

 

 

Par LTDS - Publié dans : Le Signe.
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Mercredi 7 mai 2008

Elle marchait pieds nus, ses sabots définitivement laissés à la frontière de ses deux pays imaginaires, l’Aslétie à l’ouest et la Lapécacolodie à l’est, d’ailleurs ces points cardinaux pour elle n’avaient été que des leurres, des pièges à malheur. La seule direction à prendre dorénavant était celle qui partait des profondeurs de son cœur, en spirale ressort pour atteindre le bonheur et même si cela risquait d’être long et que le fil pouvait comme un diable retourner dans sa boîte. La boîte avait enfin un couvercle …qui s’ouvrait nord sud et se refermait sud sud.

 

Ce jour-là, dans cette clairière, il y avait un arbre qui s’appelait l’arbre aux baisers, tous ceux qui étaient passés par cet endroit avaient posé leurs lèvres sur l’écorce lisse, certains plusieurs fois car la vie c’est aussi un labyrinthe dans lequel parfois on est obligé de revenir sur ses pas.

Asl& connaissait le secret, bien qu’ayant été déchue de la divinité, elle en avait gardé la mémoire définitive, c’est tout ce qu’il lui restait et c’était déjà beaucoup. Alors ses doigts commencèrent à caresser chaque trace de baiser, jusqu’à trouver sous la pulpe, cette chaleur, cet endroit de l’arbre d’où s’échappe le souffle. Son front perlait d’une goutte de rosée, oserait-elle ou n’oserait-elle jamais ? Et si elle avait mal compris…Et si elle avait tout inventé de ces myriades d’étrangetés qui peuplaient son esprit. Elle songea à sa mère la déesse Péris qui lui avait confié toutes ces choses qu’humainement il était impossible de connaître…sauf de la folie ou de l’amour fou qui faisait d’une termitière le mont Olympe.

Elle regardait encore et encore l’empreinte du baiser et de le fixer si intensément sous son œil battant, les lèvres se mirent à bouger en murmurant un tendre appel si doux, si lointain et si proche d’être à comprendre pour toujours.

Asl& leva les yeux au ciel pour confier à un nuage qui passait tout ce qu’elle ressentait dans son corps et dans son être en cet instant. Alors il se mit à pleuvoir le reste des brumes de l’Océan. Ce n’étaient plus des larmes, en tous cas plus les siennes qui baignaient son visage, elle passa la langue autour de sa bouche, et ce n’était plus non plus le goût de sa tristesse.

La pluie glissait le long de son corps comme le long du tronc de l’arbre.

Elle écarta les bras et sous chacune de ses mains se dessina une petite flaque, une à l’est, une à l’ouest mais elle ne se pencha sur aucune  pour savoir dans laquelle elle serait la plus belle.

 

La  pluie ne put éteindre le fil qui partait de son cœur jusqu’à la charge de désir qui explosa lorsque le soleil fut revenu et qu’un arc-en-ciel sur l’arbre apparut.

 

Et sur ses lèvres elle posa les siennes.

 

Par LTDS - Publié dans : Le Signe.
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Dimanche 20 avril 2008

 

Elle s’enfuyait en valseuse d’ennui, elle courait à perdre haleine à travers toutes les nuits de la vie. Elle remontait turbulente le temps jusqu’à l’oubli en émettant des sons, des bruits, des signaux de passages de là-bas à ici, des lumières clignotantes avec leurs adjectifs sanguinolents accompagnant les mots cruels d’avertissement : elle suintait le soufre par tous les pores de sa course.

Elle tuait tous les adverbes qui l’avaient vue naître dans les lumières rouges de la ville, en se cognant aux frêles cloisons de l’illusoire, rugissante du faux espoir d’être née quatre saisons en enfer, Lucifer était le diable redécouvert.

Elle retournait dans la folie jusqu’à la mer dans un long souffle de souffrance pour s’abattre d’un coup de foudre et s’achever dans l’extraordinaire d’une crise d’existence…Alors une fois enfin morte, au dieu de l’océan elle s’offrirait à lui en cadavre de plaisir.

Elle était folle, elle venait de se délier de tous les mots qui la hantaient, elle courait, elle courait, elle pouvait enfin fuir pour regagner sa liberté, ses chaînes volaient de chaque côté de ses ailes, elle faisait souffrir des pans de paysages entiers. Le calme plat de pays aux haines silencieuses noyés de lueurs grises se criblait de ses morsures enfermées dans son cœur depuis des années.

Elle écrivait, déliant sa langue contre les vipères noircissures, elle rougissait de ses larmes tous les murs de la cité, baignant les champs fertiles alentours de son acidité, elle pleuvait tout le mal qu’on lui avait fait pour noyer de son dégoût les rigoles bien-pensantes qui font les routes rectilignes et les fossés pour épurer l’impure salubrité. Tout sentait si mauvais aussi de n’être pas comme.

Pacôme.

Elle se calmait enfin bien que n’ayant pas atteint l’océan. Elle souriait d’un canal transformé en rivière. Elle n’avait plus quinze ans mais elle en avait encore quinze. Elle n’avait plus d’âge avec les ans alors elle écrivait ce qu’elle n’avait jamais osé écrire il y a maintenant encore pas si longtemps.

Elle courait mais moins fort car l’un après l’autre tous les diables étaient morts, il en restait bien encore un mais le passé se mêlait si bien à présent de qui elle était vraiment que sans ne plus être le monstre qu’elle avait été, elle pouvait vivre…même sans courir, juste en marchant.

Alors elle s’est mise à marcher en symphonie des sens de la vie, ses pieds se liaient au sol, ses mains passaient aux arbres des caresses d’éternité, ses lèvres s’unissaient à l’esprit de la forêt qu’elle traversait et ses yeux se perdaient dans l’infinie tendresse du fin ruisseau qui coulait à ses côtés.

Parfois elle s’arrêtait d’une voix amie, sous la complicité d’un regard épris de la douce lumière d’une clairière, elle contemplait une main dans la sienne le ciel qui ne passait que pour elles. Un jour c’était sûr elle atteindrait la mer et trouverait enfin l’île à lui offrir lorsqu’elle saurait qui elle était de cet amour invisible qui partout la portait dans tous ses gestes de bonheur, à tous les ciels ouverts d’accents de chaleur…à tous ses mots parfumés…à tout…

Elle l’aimait.

Par LTDS - Publié dans : Le Signe.
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