Les mots étaient là, tout prêts, pas vraiment astiqués comme des chaussures de cérémonie vieilles de 100 ans, mais ils étaient là, attendant le jour pour être enfilés et partir pour la danse de l’ouverture, le bal, le grand bal s’ouvrant sur de nouvelles aventures…
Elle, elle avait mis ces pieds restaurés de la nuit, tout mignons, tout croquants, espérant que les mots la protègeraient des cailloux pointus, des bosses de la ponctuation et de tout ce que ses dix doigts à la terre posés avaient déjà pu endurer depuis…depuis qu’elle avait cessé de se bander les yeux pour écrire la vérité.
Alors elle les a enfilés, ils étaient tout guillerets, les mots, de la pluie d’automne qui gonflait les flaques au son des djembés de peau de chèvre détendue, comme un matin virevoltant… mais un matin sourd, un matin de retour de noces trop arrosées car la poésie n’était déjà plus là.
Les pieds n’allaient plus.
Elle, elle avait juste pensé à son petit orteil qui dépasserait alors elle l’avait découpé à la forme du mot initiale et puis le gros poumon, l’énorme sac de réserve des sensations sous la voûte plantaire, elle l’avait massé au plancton avant de l’aplatir pour qu’il épouse la perfection.
Alors les mots n’ont plus voulu de ces pieds débiles.
Tous les mots, et même le silence, le silence tout innocent, le silence tout nu… Tout l’a laissée démente horizontale de souffrances.
Vouloir écrire aussi beau qu’une chaussure rend le pied complètement inconscient.
Demain…Asl& essaiera ses nouvelles pantoufles de verre !
MOTS