La fille de l’insouciance se moque bien d’avoir de la chance, elle essaime les perles de son bonheur à tous les vents, les arbres sont les plus fidèles de ses amants, la solitude la plus aimante de ses servantes et l’amour le coeur d’une olive au piment rouge d’imprudence.
La fille de l’insouciance n’achève jamais ses pas de danse, elle finit toujours par s’envoler avec dans les mains de longs rubans rouges et blancs dont elle entortille les nuages avec l’émotion d’une enfant.
Et puis arrive un jour où la fille de l’insouciance trouve à l’olive le goût troublant de la passion. Sur le parquet de sa chambre à la pointe dressée de ses pieds, elle dessine une immense fresque d’arabesques retraçant la vie rêvée de quatre pieds sur terre à deux corps si étroitement liés qu’une seule pensée les unirait par delà le ciel.
Alors, elle attache en collier les perles de son bonheur, les arbres par milliers sont autant de rivales, la solitude lui pèse le poids des nuits sans lune. Elle ouvre la fenêtre, descend le toit de l’innocence, autour du cou les perles se serrent si fort qu’elle en a mal mais il faut qu’elle parte pour l’île à double tour d’elles-mêmes.
Perdue sur la mer en doutes, elle erre des heures ou des années, les perles du collier incrustées dans sa chair lui rappellent la douleur d’aimer, mais elle se sent tirée, pressée par le bonheur qui vient d’ailleurs, de celle qui, sur la plage de l’île l’attend en amassant des hivers de coquillages depuis ce premier temps au goût troublant de l’olive rouge naissant.
Une heure ou un jour, elle se sent libre enfin, prise dans le filet des vagues, elle est ce voilier en bois d’olivier, si légère captive dans les blancheurs au mat dressé, que son collier devient la chaîne de l’ancre de tous les mots qu’elle a pour Elle.
Elle, et son corps de sirène qui tire si doucement, de la tendresse de sa bouche, tout le collier de ses amours et qui une fois sortie de l’eau, redevenue femme de la terre, de sa langue efface, et le bateau, et le voyage, et la fille de l’insouciance tombée du toit de l’innocence…pour lui nouer au fond des yeux les plus belles perles de nacre qui soient, celles qui se polissent à la caresse du jour qui vient juste à peine de naître.
Après, il n’y a plus de mots.
MOTS