Elle s’inventait un silence en fermant les yeux, un temps arrêté, une syncope, elle baissait un volet entre elle et eux, une fois, deux fois, trois fois et puis du bout des doigts elle caressait à travers ses paupières, la terre et sa jumelle, sans appuyer, sans frotter, vraiment une caresse, un plaisir de partir dans le sourire d’une larme sans eau, dans une mer sans vagues…
Elle ne perdait ni sa force, ni sa présence, ni son rôle et ni sa place, elle s’inventait une absence, au lieu d’un cri à rajouter au bruit, à l’escalade d’une mauvaise symphonie qui avait pris ses premières notes sur son propre air de fatigue.
« Merci Madame »
Ce soir-là, sur le tableau, les mots écrits lui avaient fait plaisir bien plus que les « Vous êtes belle » ou « Madame je vous aime ».
Ce soir-là, elle leur avait demandé pourquoi ce merci… : …mais pour tout…Ils ne trouvaient pas comment dire. Elle non plus d’ailleurs, elle avait juste dit : ce n’est pas à moi qu’il faut dire merci, mais son sourire n’avait pas su les tromper…puisqu’en partant ils lui ont dit : à lundi…
Elle avait mal aux pieds quand les autres avaient mal à la gorge, elle fermait les yeux en s’inventant un silence pour éteindre le feu qui avait mal pris alors que les autres attisaient leurs erreurs pour qu’elles brûlent du plus profond de leur colère.
Elle agaçait quand même, d’être sans conflit, sans plainte, (ou si peu) sans file d’attente sur son carnet de rendez-vous de réclamations en tout genre…
Vraiment, parfois elle se sentait louche, elle devait être habitée par trop de gentillesse…pourtant on ne lui avait jamais dit qu’elle était trop gentille, ni qu’elle manquait d’exigence…
(prochaine épisode : le parking maudit…pas trop le courage de recopier mon cahier de la semaine…)
t'imaginer dans un lieu que j'imagine encore
te connaitre encore un peu plus
je t'aime madame