Dimanche 12 octobre 2008

Malaise, mal à l’aise, meurtrie, meurtrissures, elle regardait sa jambe comme une ennemie, elle aurait voulu la couper, l’effacer du passé, tous les maux s’y étaient concentrés, superposés les uns aux autres en abominables peaux mortes, chagrin sur chagrin, ce matin elle ne croyait plus en rien, elle avait le cuir dur, la carapace usée mais dure, les traces de révolte fossilisée en empreintes sur son corps, elle se sentait pierre, lourde, elle aurait voulu pleurer pour la caresse des larmes sur sa joue, creuser un nouveau sillon et puis s’enterrer quelque part, loin des yeux, loin de son propre regard, loin de ses mains, loin de la vie, loin d’ici, loin où rien n’a d’importance où rien n’est à justifier, où tout est normal, où toutes les différences sont la beauté, où l’amour lèche les blessures, les vieilles blessures, celles qui saignent toujours et qui ont soif, toujours plus soif d’être aimées avec le temps qui avance, qui retient tout avec ses grilles, son chemin intérieur cerné de barbelés dans lequel respirer est un cauchemar.

Elle tremblait du dedans, elle s’effondrait sans bruit. Elle aurait voulu être le vent, les doigts invisibles du silence, quelque chose qui n’existait pas, elle aurait voulu être la force.

Avoir la force pour dépasser cette barrière, pour sauter dans le nuage et éclabousser toutes les questions, les interrogeantes, les silencieuses, les pernicieuses, les insouciantes, les blessantes toutes autant qu’elles sont, toutes d’une pluie délivrance en disant juste ces mots : ce n’est rien.

Elle regardait cette morsure qui lui avait vampirisé toute envie et qui lui avait porté la honte d’être elle-même, il fallait qu’elle en fasse sacrifice, elle ne la regarderait plus, ne la jugerait plus, ne la mesurerait plus, elle ne la vivrait plus, ne la nourrirait plus du moment qu’elle se taise et qu’elle ne l’appelle plus durant la nuit…Il fallait qu’elle s’attache les mains ou bien alors qu’elle délivre ses mains à écrire le parchemin de sa vie. Elle se surprit à sourire du verbe du troisième groupe au présent de l’indicatif, avec un t pour elle, un s pour je et un x pour toi.

La vie sans x n’est pas la vie, même avec une jambe de bois elle te sourit, je te souris et tu me souris des sourires lumineux de tes lèvres et de tes yeux.

Par LTDS - Publié dans : LesTempsDuSigne
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