Elle était malade, elle avait pourtant vieilli, son corps avait changé, s’était allongé puis épaissi, ses yeux s’étaient rétrécis, ses cheveux éclaircis, elle était devenu si différente au fil du temps mais rien n’avait changé, elle était malade comme elle l’était à 7, 20, 30, 50, et même 100 ans.
Tout commençait par des brûlures et puis sa tête prenait les brumes.
Elle se voyait enfant, un après-midi de printemps, assise dans l’herbe, flottant entre les conversations de sa mère et de son amie et ce soleil qui l’aveuglait. Elle était mal et bien à la fois dans cet entre-deux, juste avant que tout son corps ne soit pris par les spasmes douloureux pour déchirer les ouvertures et pour exploser le feu.
Puis après quelques heures, ou quelques jours, les mécanismes d’évacuation finissant toujours par s’installer bien huilés du chemin, elle se sentait mieux…
Sa toux indisposant tout le monde, depuis l’enfance et encore plus en force à l’adolescence, elle retenait, se contenait, toussait en cachette, finissant par se découvrir une véritable passion à tousser sans tousser, une véritable gymnastique que d’imaginer cet ascenseur interne, ce monte charges à répétitions qu’elle déroulait de bas en haut, toujours plus lourd, toujours plus haut, dans le secret de son lit pour éclaircir son souffle. En petites inspirations elle dilatait ses bronches et par petites explosions l’air filtrait de ses narines.
Elles parlaient de sexe, de quand elles faisaient l’amour, elles se disaient toute l’énergie qu’elles en puisaient. Peut-être pensaient-elles qu’elle était endormie ou que sous le couvert de leurs mots, elle ne pouvait saisir le sens de leurs propos. Elles parlaient de tout, c’était long sans être long mais malgré tout, elle avait envie que l’une d’elles enfin se décidât à la porter jusque dans son lit.
Un jour, adolescente, elle avait été malade un peu plus que d’habitude, un peu plus longue à se rétablir.
Elle gardait depuis, toutes ces odeurs à vif qui lui saignaient les muqueuses à déclancher les nausées traumatiques de lorsqu’elle vomissait tous les matins dans les escaliers du lycée son petit déjeuner.
Le corps médical n’ayant trouvé qu’une seule chose à lui dire pour la rassurer : surtout ne jamais fumer.
Elle n’avait pourtant jamais avalé de fumée, elle qui depuis ses huit ans, tous les dimanches après-midi allait dans le bois fumer la cigarette au maïs que X. dérobait dans le paquet de son père.
X. son chevalier servant, qui récupérait ses cheveux blonds de cendre accrochés aux barbelés lorsqu’ils passaient les pâtures…parce que les oiseaux auraient pu les prendre pour faire leur nid et que ça portait malheur.
Il avait quelques années de plus qu’elle, elle était sa princesse et lui pour elle il était X.
Des années plus tard, elle avait appris dans la même phrase qu’il était mort et qu’il était devenu infirmier psychiatrique.
Elle était malade, elle n’en mourrait pas, il lui suffisait d’attendre de passer la douleur pour tousser et pour cela elle avait un cachet blanc et un cachet bleu qui l’avaient toujours rassurée depuis…depuis que…depuis qu’elle était adulte et qu’elle se faisait confiance pour faire respirer son corps.
Elles parlaient toujours, de leur travail, de leur enfance, de leur amour, de leur travail encore, de leurs collègues, il faisait chaud, si beau, mais à présent dans ses yeux embués de soleil, aveugle elle appelait son père pour se coucher dans la voiture et puis rentrer à la maison avant la nuit.
Ensuite elle serait bien.
Elle serait bien, comme elle se souvenait encore maintenant du parfum de tabac lorsque son père lui mouchait le nez.
C’était très curieux sans doute, mais elle aimait…
Puis après ces quelques mots écrits au
milieu d’un nuage embrumé du corps de ses soucis, elle souri (!), elle allait mieux et se mit à tousser le plus indifféremment du monde …Elle prit alors le chemin des repenties,
la tête haute, fière d’être un poisson ayant remonté le canal et puis d’être redescendue jusqu’à la mer,
encore là pour frayer à la saison nouvelle, les branchies plus fortes et le ventre rond et plat, grandi de quelques millimètres d’amour…Mais à cette échelle rien ne se voyait, sauf pour les
doigts du vent qui frémissaient l’onde…Aslé redevenait poète au fil des secondes, elle s’emportait des mots qui la touchaient, venus tout droit d’un coeur qui l’aimait et elle aimait ce coeur,
alors dépassant l’imparfait jusqu’au présent, troublant le elle en je…Elle dit : je t’aime.
Je t’aime.
MOTS