Les feuilles s’envolent bien plus vite qu’elles n’ont poussé. Alors que l’arbre
grandit sans cesse jusqu’à l’éminence de sa vieillesse, les premières venues s’en sont allées à la poussière des étoiles. Et les quelques dernières disparues avant l’heure pourrissent vertes
arrachées un soir parmi une tempête à l’angle d’un mur si noir…qu’on l’appelle barbelé de neptune.
La nuit il y a l’écho des sirènes, les bois flottés de vent qui s’entrechoquent dans l’ombre d’un chant invisible à l’âme des esprits, l’île de mon lit qui ballotte entre les coups sourds du souvenir et les cris secs de la pluie qui tapent comme autant de becs en furie sur le front de ma tête.
Puis le matin, dans un silence encore humide de la bataille, délivre sous l’enveloppe d’un voile, la toile d’un maître battu des forces de la nature. Il masque de la brume de son souffle, le désastre des saisons qui passent en quelques secondes…Le temps d’une vie où un soupir s’exile hors de lui pour dire qu’il n’y aura pas de revenir.
A l’automne il y a des paysages qui s’endorment et d’autres qui s’enterrent loin des ors et des rouges… si ce n’est la trace séchée de la boue et du sang sur un sol gris.
Tous ces mots parce qu’hier face à la fenêtre, l’érable n’était plus là, depuis longtemps déjà mais je ne m’en n’étais pas encore aperçu.
Ce n’est pas triste de perdre la tête. Dans quelques jours je marcherai dans les feuilles craquantes des platanes de mon enfance et la feuille rouge si belle découpée je l’écrirai aux enfants de mes cousins nés hors de France.
Aux trois
cousines mortent à l’envers de la plus jeune à la plus vieille, à ma mère au milieu de ce français sans accent, à cette chanson que je chante toujours et qui a passé l’océan pour me revenir
vivante et tremblante de la voix d’une jeune fille qui avait pour oncle mon grand-père sans rien comprendre…à toi Jeanne aussi qui porte le prénom de ses dix-huit ans…J’écris pour ceux que
j’aime
Photo extraite de "Jeanne à Paris"
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