Mercredi 19 décembre 2007 3 19 /12 /2007 17:08

 

 

Je n’étais qu’une grue. Je parlais aux arbres, parfois aux oiseaux très haut lorsque j’étais seule et que je ne regardais que d’un œil. Je ne savais rien d’en bas, je ne regardais pas, et le vertige je n’en voulais pas. J’étais haute, j’étais fière là où l’on me glissait, comme un livre sur une étagère, entre deux romans avec qui je n’avais rien à faire. J’étais belle je crois. Je ne disais rien, je jouais de l’air, je penchais quand il fallait, je servais dans l’équilibre d’une pile où mon silence était parfait. Je n’avais rien à faire que de me laisser guider. J’étais une grue solidaire d’un monde dans lequel je n’avais rien à dire. J’étais comme un livre aux pages blanches sortant de l’église chaque dimanche pour retourner au ciel d’un monde sans surprise.

Je n’étais qu’une grue. Je parlais aux arbres et parfois aux oiseaux.

J’avais des larmes sans doute. Des chantiers perdus que j’aurais aimés, loin de la ville sur une montagne inconnue, quelque part sortie du brouillard mais je ne disais rien. J’étais fière et je préférais souffrir du simple martyre de ne pas appartenir, à personne et pas même à moi qui n’existait pas.

Je n’étais qu’une grue. Parfaite. Aux lignes élégantes un peu surréelles mais sans trop. J’étais heureuse de ne ressentir rien d’autre que l’appel de la rouille aux petits matins d’équinoxe, mais si rares au regard du nombre des années passées à rester fidèle à mon image de glace.

J’étais une grue. Sans rides. Sans attaches. Sans famille. Sans amis. Sans soucis. Je passais dans le ciel. Je parlais aux arbres et parfois aux oiseaux.

Un jour, il faisait froid, c’était quelques jours avant Noël, j’étais là, un peu comme par hasard, figée dans les brumes, loin des regards. Il y avait les lumières de la fête qui résonnaient plus loin, les gens qui se bousculaient et qui couraient et cette petite dame armée de son grand courage à vouloir me photographier, une fois, deux fois et des milliers d’autres, sous tous les angles de ma statue prise entre le piège du passé et du renouveau Hermès égaré au grand dame de Sa Majesté.

Comme un parfum impérial.

J’ai résisté longtemps à ne pas me pencher, à ne pas sourciller du moindre filin qui me retenait…car j’étais une grue, je ne parlais qu’aux arbres et parfois aux oiseaux.

Alors je me suis laissée tourner, juste un peu par curiosité, de cette couleur qui s’unissait à ma demeure, de cette toile rouge et ces éclairs qui m’appelaient.

Puis j’ai laissé battre mon cœur.

Je ne suis qu’une grue, je parle aux arbres et parfois aux oiseaux mais maintenant je me laisse prendre à ce qu’il y a de plus beau…
MM1000578.JPG
Photo d'après Jeanne (j'ai juste presque rien pâli...le R.H.)

Et mon cœur se serre comme ça, pour rien, pour tout. Pour l’envie de dire ce qui le touche de la phrase qui tue : il était temps… et qui ne veut rien dire quand il ne sait pas ce qui est temps à présent.

Je suis une grue. Légère de rien, de plumes, de vent. Je prends enfin l’instant  où tout s’arrête en bas, cette allégresse, cette folie de liesse d’aimer pouvoir oublier juste une nuit que je ne suis qu’une grue qui parle aux arbres, parfois aux oiseaux et peut-être à ce qu’il y a de plus beau.

Je ne serais qu’une grue qui ne serait que moi une nuit de Nous, quelque jour, quelque part avant Noël…comme ça …dans un igloo qui existerait  déjà de te savoir là.
Comme une grue que tu photographieras

 

Par LTDS - Communauté : une grue rouge et bleue
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