Il avait fait si froid dans cette journée.
Traversée de fatigue, je rentrais la tête dans les épaules, loin des regards, seule dans ce gris parsemé de
couleurs courant dans tous les sens, je souriais, je me faisais petite vieille tirant sur les manches de mon pull… exactement comme ma mère n’aimait pas.
Des vols d’oiseaux de mer traversaient le ciel, un hélicoptère me rappelait le CHR, un petit peuple
d’irréductibles fidèles attendait son tour pour résoudre de ma royale impartialité, deux ou trois mots envolés dont on ne savait plus où à force…mais c’était sa mère, alors il ne pouvait pas se
laisser faire…oui…mais…
Oui…mais moi je suis crevée de froid…vous faites la paix ou bien je vais…je vais…et ils s’envolèrent les ailes
mêlées d’être petits et grands.
Je me faisais penser à mon arrière grand-mère, à cette bosse dans le dos, à ce grand pli qu’elle avait sur le
ventre…et je souriais parce que je savais qu’une fois rentrée au chaud j’allais me déplier et que toutes les couleurs me réanimeraient.
Ôter une à une mes pelures, retrousser mes dernières manches, un vague coup d’oeil à la pendule…hum…Et c’était
déjà le soir.
Il y avait une étoile. La première.
Je ne savais plus son nom…Tu sais, Madame X, elle sait tous les noms des étoiles, attends d’être grand, mais
attends d’être grand je ne l’ai pas dit…non…je me suis dit que j’aurais du ne pas oublier pour lui dire tout de suite parce que…Mais je n’ai plus eu trop le temps de réfléchir, en se retournant
dans le jour mourant mêlé au vent et aux nuages, il a crié, on dirait la mer…Et j’ai rererere-souri, à force je ne sais plus s’il faut mettre un S à souri…
J’ai sept ans et des trous entre les dents, de longs cils noirs qui font des perles d’ailleurs lorsque je
pleure, des perles qui brillent comme dans un conte…
J’ai un prénom tout drôle qu’on confond…et si je ne sais pas faire mes lacets, c’est parce que personne ne m’a
appris…