Ma très chère Moi,
Asl& douce Asl&, souris… tu n’as plus à travailler, tu peux passer des heures et des heures au jardin recroquevillée sur le banc désarçonné par les années que t’ont offert tes collègues au cimetière pour ton départ de la vie d’aliénée.
Souris ma belle, tu as retrouvé la maigreur de tes jeunes années, les os saillants et même les taches de rousseur de tes tous premiers printemps.
Tu peux serrer ce joli chat blanc dans tes bras qui ronronne les milliers de je t’aime que tu lui disais lorsqu’avant elle était la lionne qui embrasait ton coeur. D’ailleurs ce chat est roux, tu sais je te le dis tout doucement mais tu n’y vois plus trop guère à présent…Mais je te le dis quand même parce que sachant que c’est moi qui te le dis : tu ne t’offusqueras pas d’avoir si tant vieilli.
Asl&, déjà tu étais à moitié sourde à vingt ans, mais avec subtilité tu compensas ce trouble en imaginant ce que devait être les paroles à entendre…à présent que tous tes sens s’en vont les uns après les autres, tu es bien libre d’écrire ce que tu entends les doigts passant sur les poils du chat.
Tu chantonnes, tu fredonnes et entre les deux dents de devant qui te manquent, tu peux siffler comme un garçon. Alors tu ris, tu ris toute seule aux merles que le chat ignore….Oui car sans te vexer, laisse-moi te dire que le chat en est à sa huitième vie et qu’il faudrait que tu songes à le libérer.
Enfin…Tu vois…Si je peux me permettre…
Voilà…je ne peux t’embrasser car ma prime jeunesse s’en est envolée du miroir à baisers…Ainsi sommes-nous presqu’à égalité, sauf que moi j’ai en avance sur toi un paquet de dizaines d’années…d’heures…de secondes….d’éternité ?
Je ris…J’entends des merles siffler…
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