Volodia ouvrit les yeux, tout était blanc autour d’elle, perdue dans un immense lit, elle étendit les bras de chaque côté et en croix, elle se mit à
parler à l’ange qui ne l’avait jamais quittée. Alors pour la première fois, il lui apparut, il avait les traits d’Alfina, les yeux noisette en amande, la gourmandise de ses lèvres rouges
entrouvertes sur son sourire croquant de vie, les joues vives et rebondies d’une fleur de printemps qui s’exhale sous la douceur du vent, son corps tendre de souplesse, ses petits seins
pommes d’amour qui s’agitaient en suivant les battements de ses ailes…
Volodia tendit la main vers elle mais la vision s’échappa en longues traînées bleues par la fenêtre. Elle se leva, son corps nu frissonna, les steppes
s’étendaient à l’infini, une ourse blanche promenait ses petits et entre deux grues d’un autre âge, une fumée orangée s’échappait par la cheminée d’un igloo. Un sourire se posa sur ses
lèvres.
Elle glissa une main sur son ventre, elle avait faim, son regard s’attarda sur son pubis car trois petits poils avaient poussé, elle en déduisit qu’elle
avait dormi durant trois journées.
Elle s’enroula dans le drap blanc, ne sachant toujours pas où elle était, arrivée devant la porte sertie de coquillages, elle perçut les échos d’un
dialogue dans lequel elle reconnut la voix du maître et celle de Mme Fontanelle, elle actionna la poignée mais en vain, elle était enfermée.
Comprenant le danger qui la menaçait, elle entreprit (bénissant son père de le lui avoir appris en ancien évadé des corps célestes de l’esprit…) de nouer
en corde tous les draps qu’elle put trouver puis elle ouvrit la fenêtre et descendit en rappel sur le mur de glace. Une fois les pieds touchés du sol gelé, elle se mit à courir jusqu’à
l’igloo…
Il était temps, elle était prête à se briser en mille morceaux, un feu de déesse brûlait dans l’âtre, elle s’emmitoufla dans des peaux de bête posées à même le sol, elle grelottait claquant
des dents accompagnant les grincements des deux grues qui jouaient la mélodie de « la banquise promise », elle avait reconnu l’air dès les deux premières notes…puis elle commença à
se réchauffer, fredonnant la chanson qui avait bercé toute son enfance.
Ses yeux firent le tour circulaire de l’abri, coupé au centre par les flammes sur lesquelles reposait un énorme chaudron. Elle enroula ses mains de bouts de peaux et souleva le couvercle.
L’odeur l’envahit instantanément, une soupe de homard…A même la louche, se brûlant les lèvres, elle ingurgita la moitié du délicieux breuvage comme une sauvage (d’ailleurs à la voir, vous n’en n’auriez pas dit autant…)
Puis enfin repue elle se laissa abandonner l’œil sur les parois de l’igloo, des textes étaient gravés qu’elle se mit à lire et sous les mots enlacés de
deux mains amies se tissa au fil des lignes la plus belle histoire d’amour qui fut.
Extraits Choisis :
La douceur de tes mots soulève mon cœur, je t’emporte de mes mains aux mille caresses dans le paysage de mon corps, découvre-moi, respire le souffle de notre amour,
parle-moi encore […] Mes lèvres se posent partout où tu t’offres à moi, elles glissent et s’ouvrent gonflées de tes courbes baignées par la rosée
[…] elles se posent là où j’aime te parler, au creux de tes pensées les plus profondes, là où gronde la source de ton plaisir, tes doux gémissements m’envolent le long de mes paroles pour toi
rien que pour toi dans le secret de sous les peaux […]
Volodia n’en pouvait plus, ses doigts couraient partout sur les écritures, elle brûlait à présent d’une fièvre exaltée, tombant les peaux elle se plaqua
contre la paroi glacée de l’igloo et entreprit dix mille tours jusqu’à s’écrouler épuisée…