8h02, les oiseaux chantent le jour qui se lève derrière les volets clos, le chat qui dort sur le poste radio
couvre le ronronnement des infos et le frigo entonne son premier concerto de bruits étranges.
Il va pleuvoir c’est le monsieur de la météo qui l’a dit alors je suis contente je vais friser, c’est beaucoup
mieux que le vent qui me fait le cheveu hirsute et le nez rouge d’un clown.
Je pense à Alfina, plus très certaine de l’avoir baptisée ainsi, comme le nom d’une compagnie pétrolière.
Qu’est-elle devenue depuis sa sortie du dernier tableau ? Mais à quoi je pense là ? Je devrais organiser ma journée, dans dix minutes je pars travailler…Oh ! Et puis j’aime
la voltige sans filet, c’est plus grisant. Oui c’est ça, Alfina est partie avec le premier cirque qui passait… Ô si je continue je vais avoir envie de faire l’amour, il faut que je détourne
mes pensées, je pense à la Chine, ce fleuve qu’ils ont fait couler dans l’autre sens (oui je n’ai pas tout compris, qu’importe !).
Rien à faire…je pense à toi à présent.
Je pars.
12h23, mes yeux se ferment, je songe sérieusement à travailler à mi-temps mais le problème c’est que je ne peux
pas vivre à moitié. A moins de me couper en deux. Mais quel côté garder ?
Il était une fois (ouf ça y est j’ai envie d’écrire une histoire) un éléphant qui voulait voir l’océan,
ses yeux baignaient de la poussière triste amassée au fil des années à se rouler dans une mare de boue séchée, ses oreilles qui tombaient jusqu’au sol ne connaissaient pas même le petit
bruit d’un clapotis…quant à la pluie, elle tombait dans le silence de deux trois gouttes par an au fond d’un puit sans fin.
Alors un matin, il a tiré sur son costume tout plissé, brandi sa trompe dans un grand élan d’appel au vent et il a
crié le cri de l’éléphant qui voulait voir l’océan.
C’est hallucinant un éléphant qui marche vers son rêve, il vole plus vite qu’une gazelle.
Lorsqu’il fut arrivé au bout de la savane, il se trouva face à une immense étendue de sable, alors il se mit à
chercher dans sa mémoire, celle de ses parents, de ses grands-parents, de ses arrières grands-parents…jusqu’à remonter au commencement, quand la Terre n’était qu’un vaste océan disséminé
d’îles bleues et peuplée d’éléphants radieux…(c’est là que je souris…)
C’est alors guidé par les voies navigables du passé qu’il se dirigea sans se tromper vers la direction qui
s’imposait à tous ses sens recouvrés…Il arracha une dernière feuille au dernier arbre de la savane, il souffla de toutes ses forces et pendant des milliers de kilomètres il suivit à perdre
haleine la relique du monde perdu qui le mènerait vers son océan rêvé.
Un éléphant c’est beau lorsqu’il court sur les nuages gonflés de la transparence de ses rêves.
Tu veux savoir si...il est arrivé ?
Je te rassure, il court encore, c’est ça la liberté…d’écrire…
(…)