Ma participation au nouveau
Mystério d’Enriqueta.
« Le Mercredi 15 Avril 2009 je
reçois une lettre sans indication particulière qui contient un billet de train pour le lendemain le Jeudi 16 Avril au départ de la ville où j'habite à destination de Paris (ou au départ de
Paris à destination de "où vous voulez"). Le train part à 16h16. J'ai environ 24 heures pour me décider.
Vais-je y aller? Si j'y vais
que se passera-t-il? Qui m'a envoyé le billet? Dans quel but? Si je n'y vais pas, vais-je le regretter?" »
Il est aux
alentours de midi puisque j’entends les couinements du vélo jaune à moteur du facteur… Mon bureau déborde de bulletins à remplir, mon stylo commence
à s’essouffler alors je me prends la tête entre les mains et je me souviens du bulletin d’un certain Vladimir, un mercredi matin de décembre où j’allais m’endormir lorsque le téléphone se mit à
sonner pour me secouer joyeusement de se sa voix pleine de soleil, et déjà de son premier rire, peut-être un peu moins grand que maintenant, un peu plus loin c’est vrai, mais c’était aussi la
première fois que pour nous parler nous utilisions nos voix.
J’abandonne
les feuilles, je les rassemble dans l’un de mes dossiers rouges, il me restera demain soir, ou bien au pire, je rendrai des cases vides…Ou bien au mieux…Le
mieux ?
Le facteur a
fini de zigzaguer en points de croix d’une rive à l’autre de la rue, je n’ai jamais bien compris l’ordre de sa distribution. Il est passé, ça c’est certain comme le fait que le téléphone ne
sonnera pas cette fois, alors peut-être une lettre ? Je descends les trois étages compliqués de ma résidence, je passe par le jardin pour
prendre un peu de printemps, des bosses sous les pieds et des rougeurs de tulipes en extinction… je bataille de la clé dans la rouille de la serrure et, de la boîte j’extrais par le dessous deux
kilos au moins de papiers d’encre usés par de la publicité. La pile sur la main gauche en étau avec la droite, je m’applique à refermer élégamment du coude la porte, sous l’oeil inquisiteur de la
voisine du coin d’en face qui fume dehors pour ne pas jaunir ses enfants…et là…bien sûr…j’inonde le trottoir de ce trop plein, en jurant comme un charretier.
Une
enveloppe…Une enveloppe suffit pour me remettre sur les lèvres le sourire perdu de la douceur de vivre. Elle est bleue, d’un bleu que je n’ai jamais vu, un bleu à me plonger, là, toute nue dans
la rue. Je prends tout dans mes bras n’importe comment, je serre fort pour ne pas la perdre, je cours sur les dalles mal alignées, me tord les gros orteils dans les escaliers, me cogne partout
aux murs qui n’en finissent pas de m’arriver à l’endroit où je pourrai enfin arracher l’enveloppe.
J’ouvre.
Une photo avec
ces mots notés : dernier départ, gare d’Asléville, jeudi 16 avril, 16h16. Un billet de train. Sur la photo un visage ruisselant d’étoiles. C’est l’appel de l’île, des trésors à gonfler les
poches d’arcs-en-ciel en amoureuse prête à gagner le paradis par la seule volupté de son désir. Je me sens folle.
[…]
Jeudi, à 16
heures quelque part au fond d’une ville. Personne ne sait encore que je pars. Mes bulletins sont en pile. D’avoir battu toute ma conscience face à l’avenir, je ne laisse pas d’incertitude, j’ai
biffé les cases que je n’aimais pas et j’ai écrit ce que je pense. Je leur fais des bisous avec un jour et une demi-heure d’avance sur les vacances… dans un peu plus d’un quart d’heure il sera
trop tard.
J’appelle
Magreet par le couloir jusqu’au préau jusqu’au bureau…enfin jusqu’à Dieu qui n’est toujours pas revenu… « J’ai une urgence, un train à prendre…distribue les
bulletins…MERCI… ».
Je
pars.
16h15 j’entre
dans la gare et j’ai le plus grand choc hypodermique de toute ma vie, je me trouve face à un labyrinthe de cloisons portant des tableaux de femmes plus belles les unes que les autres…puisque
c’est elle à chaque fois portée par la lumière différente de son sourire…Un musée ! Je rêve. Je ne sais plus si je dois rire ou pleurer, je la regarde partout autour de moi, au bout de mes
doigts le billet de train tremble encore de… alors c’est seulement à cet instant que je remarque le mot INVITATION, je n’avais pas pris le temps de déchiffrer le billet, peu m’importait la
destination puisque c’était elle que j’allais retrouver…et il y avait si longtemps que je n’avais pas pris le train que le format différent ne m’avait pas
surprise.
Je m’assieds
sur le sol qui lui n’a pas changé, je desserre mon foulard, j’installe mes lunettes, je lis « Dernier départ » dans le cadre de la rétrospective internationale liée aux oeuvres des femmes….recevez l’invitation de quarante et un musées du monde…ci-joint la date et le lieu de
la première manifestation…
Je ris. J’ai
encore tout mal compris.
Je m’aperçois en relisant
les consignes du jeu que j’en ai trangressées quelques unes…enfin deux au moins !