Je l’aime.
Je marche nue de l’ombre au soleil et du jour à la nuit. Je ne me souviens plus du corps de mes vingt ans ou bien alors c’était quelqu’un d’autre cette jeune fille sylphide et transparente.
Je vais d’une pièce à l’autre, d’un miroir fané à celui qui reflète la douceur trouble de cette femme qui est devenue moi et qui parle à ses seins comme à ses enfants en leur pardonnant d’être si différents.
Et si quelqu’un sonnait à l’entrée, quel profil offrirais-je dans l’entrebâillement de la porte ? A cette idée ma poitrine se redresse comme un seul homme.
Je me regarde en face, en pensant à celle à lier au ciel de mes yeux.
Il est déjà midi. Il fait si chaud. Je m’allonge sur le capot de la voiture dans le garage en m’imaginant à la proue d’un bateau.
C’est que je suis folle parce qu’une vague vient de me lécher et qu’en se retirant elle m’a laissée toute mouillée.
Je me surprends en pensant à celle à lier au ciel de mes yeux.
Cinq heures à la cloche de l’église, allongée sur le tendre gazon, les aiguilles du sapin me tombent en pluie tiède sur la peau. C’est le vent qui me souffle les mots. Il parle en écartant les ombres de la pudeur et je frissonne de marées d’équinoxe sous mes paupières closes.
De mes lèvres s’échappe un doux soupir venu du profond de l’amour.
Le soleil tourne jusqu’à la mer se coucher de rouge et de bleu mêlés. Sous la Lune, exaltée par ces milliers d’étoiles, je m’abandonne offerte aux chaînes de l’inconnu.
Je m’attache à celle à lier au ciel de mes yeux.
Il fait jour.
Dans le jardin de l’île verte endormie, j’enlace l’arbre de ma folie, en pensant si fort à celle à lier au ciel de mes yeux, que ce sont ses seins contre les miens qui me pénètrent.
Je l’aime tellement si fort celle à lier au ciel de mes yeux.
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