Jeudi 24 décembre 2009
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17:00
La rue craque sous les roues des voitures. Elle aura tout vu, tout subi la rue ces derniers jours, la neige, le sel, le
verglas, le père noël…Avec le dégel les canalisations d’eau lâcheront et ce sera l’inondation pour laver la rue…et puis il y aura aussi un court-circuit qui enflammera la plus belle maison
illuminée. Alors toute la rue sera plongée dans l’eau et dans le noir, c’est là que je sortirai ma piscine pneumatique, je prendrai mes chats et puis bien sûr ils feront leurs griffes, je
coulerai au milieu de la rue, juste à la borne des pompiers, à la troisième plaque d’égout. D’ailleurs cette plaque sera inaugurée en grandes pompes six mois plus tard, on y gravera en lettres
d’or : « Ici Asl& découvrit un nouveau filon de charbon (ou du pétrole je réfléchis…), chevalets ou derricks ?...pfff…mais non de l’or ! »
La rue craque sous les roues des voitures, forcément, elles roulent sur l’or. Elles ne le savent pas encore mais elles
le pressentent, c’est comme si elles roulaient sur des coquilles d’œufs vides qui deviendront ces oeufs de Moscou dont le nom m’échappe pour l’instant mais qui me reviendra à pâque.
Alors je tomberai dans les égouts, d’abord je nagerai et puis ensuite je marcherai comme il n’y aurait plus d’eau. Mes
chats chasseraient les rats pour nous nourrir mais je les ferai cuire quand même. Je ne sais pas si je vais aimer manger du rat et je me demande toujours comment je vais trouver de l’or dans les
égouts. Autant remonter maintenant, j’écrirai un livre, c’est plus sérieux.
La rue craquait sous les roues des voitures, les techniciens de la ville s’acheminaient un par un costumés de grave et
de sérieux jusqu’à leurs affaires, là bas du côté des usines sans fumée que celle de l’air conditionné. Des trafiquants, des banquiers, des commerçants, des ouvriers de bureau élégant. La rue se
vidait peu à peu de tous ses humains, les femmes ensuite après leurs hommes quittaient la rue et leurs enfants nichés de cris pointus.
Je les devine tous derrière mes volets clos, jusqu’au dernier à quitter la rue : l’amiral, un garde barrière à la
retraite qui tous les jours fait l’ouverture de Carrefour pour être le premier à l’accueil pour retirer les bons de réduction qu’il n’a pas eus la veille.
Il ne reste plus que moi Asl&, un crayon, une vieille feuille de papier, deux ou trois chats qui courent dans la rue
et des chiens enfermés pour la journée qui n’aboient même plus parce qu’ils sont habitués à attendre leurs maîtres. Je me demande où est l’amour dans tout ce silence.
La rue craque sous les roues d’une voiture et j’imagine un taxi perdu depuis l’aéroport, arrivant depuis l’aurore
jusqu’à moi.
Je sais que les rêves sont ce qui me porte, alors je vais à la pêche aux étoiles, c’est ma voisine qui me l’a dit
avant-hier. En ce moment elle a les cheveux bleus, je préfère quand ils sont rouges, mais je devine la blondeur éternelle dans les cheveux de ses enfants, celle du champ de blé juste au bout de
la rue l’été. L’été.
La rue craque sous le soleil, le goudron se fendille en mauvais cailloux de charbon, alors je revois cette vieille femme
venu de l’autre bout du village, avec son ramasse poussières faire le plein de chauffage pour cet hiver.
Ce soir c’est Noël, Dieu est ailleurs, il est dans la rue.
La rue craque de partout mais c’est parce qu’elle est vivante et que moi je suis vivante que je l’entends…Soldat
entends-tu…Voilà mes chants de Noël ce sont les choeurs de l’armée rouge, et aussi les chants de la libération….Tous les santons de mon enfance envahissent la rue à présent, tous les petits
soldats aux couleurs de l’armée de noël, alors vraiment ça sent le sapin dans la rue, ça sent le feu des jardins vides de leurs arbres, ça craque
dans les cheminées et c’est joyeux, tout petit joyeux mais si haut dans le coeur que ça m’en donne des larmes aux yeux…mais c’est la fumée hein ?
Vive Noël !