Dimanche 8 novembre 2009

 

Non je n’ai pas vu l’horizon récemment mais j’ai vu ma conscience se libérer. Ce soir je regardais mon bureau, une pluie égrenant le toit de ma maison d’étonnement, il me pleuvait des adverbes sous les doigts : courageusement, fidèlement, consciencieusement, scrupuleusement, heureusement, béatement, travailleusement…et même sérieusement !

L’oraison butineuse de l’appel aux devoirs avait chassé toute ma sieste multiséculaire, ma sieste à moi en grande récidiviste de la paresse.

La piqûre du labeur m’avait piqué.

Il me poussait des feuilles et des feuilles des mots à faire et des mots déjà faits et d’exercices de mots en bataille de phrases pour  chasser et pourchassant l’ancienneté de mes ans : être révolutionnaire tout en tournant dans mon univers.

Non je n’ai pas vu l’horizon récemment mais j’ai vu des nuages s’envoler, des paroles d’amour renaître à mon épuisement, et un petit bonhomme comptant ses pas en marchant le long de la mer mais sur des rochers roses…alors…

 

*pour plus belle la photo c’est IcI

Par LTDS - Publié dans : brouillon du temps
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Mardi 3 novembre 2009

tumultes

houle vertigineuse

et puis vertige

 

Où es-tu ? Mon soleil, mon sourire. Il pleut et je t’appelle côté cour et côté jardin, côté côte, côté terre, côté carré et côté rond. Il pleut à verse, à verser tout le bleu du ciel dans le gouffre de mes yeux, côté court et côté long, cotillons, côte de velours, côte à monter, côte à descendre, coteau de chais, cote à mon coeur,  côte de maille, maille de l’endroit, maille de l’envers, maille de tout droit, maille de travers…

Il pleut

il pleut à verse

il tonne et tonne

encore et encore

un arbre en feu dans le lointain

la pluie n’arrête rien

ne s’arrête plus

il pleut et il a plu

je n’en peux plus.

Où es-tu ? Mon trésor rouge, ma mer des caraïbes, mon île bleue, on a marché sur la Lune et c’est pour ça qu’il pleut ?

Sourire enfin, la pluie s’arrête, tu es là avec ton fouet aux mille lanières solaires, car c’est bien toi tous ces éclairs, je reconnais ton rire, magie d’une sorcière, et le tonnerre de l’encre gronde et enfle, alors qu’à la pointe de ma plume se tracent de doux silences de dessins, d’esquisses de rimes toutes en glisse et de pas de danse à la nuit furtivement sur les rondeurs de la Lune renaissante… précisément.

Par LTDS - Publié dans : LesTempsDuSigne
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Jeudi 22 octobre 2009

Le bonheur était revenu, là sur l’eau scintillante du bassin. Pourtant les nouvelles que lui avait apportées le despote en cours de matinée n’étaient pas des plus réjouissantes : il lui faudrait travailler d’arrache-pied  les quelques semaines à venir. Mais le bonheur était revenu. Dans son athena qui transportait les gouttes d’eau de l’été, du printemps, et même de l’hiver se disait-elle, pour être encore plus près, plus près des rayons du soleil qui passaient les baies vitrées comme le plexiglass d’une caravane échouée à l’année sur une côte venteuse et salée…mais où l’automne serait le paradis…elle se perdait béate dans la géographie du temps.

Quand un « public » dans son périmètre réservé lui cria qu’elle était belle et que les petits extasiés, tous fiers, même si elle savait que beau était le synonyme de gentil, répondirent c’est vrai, elle se fondit en sourire. Ensuite il y eut un calme, mais un calme révolutionnaire, quelque chose qui jusque là était impossible à imaginer : le silence. Elle entendit sa voix pour la première fois, les quatre surveillants se mirent au bout de sa ligne et elle leur joua en chef d’orchestre magistral des steppes sibériennes et des toundras où ne poussent que des mares : la symphonie des petites grenouilles nageant dans l’océan.

Par LTDS - Publié dans : brouillon du temps
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Mercredi 21 octobre 2009

L’automne s’allongeait, c’était l’impression qu’elle avait, il s’allongeait comme le soleil à l’horizon le matin.

Le noir de la route.

Les guirlandes éteintes entre les poteaux électriques s’allongeaient elles aussi pour s’illuminer un jour dans le novembre froid et humide.

Alors prise les yeux en l’air, elle s’était trompée et n’avait pas tourné.

Le passage à niveau.

Les barrières blanches d’une visite d’un dimanche quelque part en Aslétie du Nord. Et voilà que c’était une histoire triste qu’il fallait remonter, presque jusqu’à la maternité, presque jusque dans une charrette tirée par deux ânes gris qu’on emmènerait au cimetière. Ils étaient tous morts, même sa mère.

En voulant quitter le chemin des souvenirs, elle se trompait de nouveau et c’était pire encore de passer par les rues des anciens étés, elle entendait des rires, des pacotilles roses et bleues brillaient aux poignets d’une petite fille blonde que sa mère pour quelques jours prenait pour sa fille.

La route barrée.

Surgissaient ses premiers pas, dans cette immense chose au bout de cette rue qui était morte de ses habitudes. Ses premiers pas à courir pour de l’argent dans des couloirs avec une blouse blanche. Elle souriait de celui, le seul qui savait la faire sourire dans cet univers qui totalisait toutes ses phobies, parce qu’il lui disait «  mais oui… ! »

Mais oui ! 

Elle appuya sur le bouton. La musique sortit de son âme et tout s’effaça comme  d’un seul coup d’essuie larmes. Elle lâcha le volant et se frappa les cuisses, la Grèce l’avait envahie…la Grèce et toute la méditerranée réunie.

L’automne s’allongeait, c’était l’impression qu’elle avait, il s’allongeait comme le soleil à l’horizon le matin.

Par LTDS - Publié dans : brouillon du temps
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Lundi 12 octobre 2009

Les mots étaient là, tout prêts, pas vraiment astiqués comme des chaussures de cérémonie vieilles de 100 ans, mais ils étaient là, attendant le jour pour être enfilés et partir pour la danse de l’ouverture, le bal, le grand bal s’ouvrant sur de nouvelles aventures…

Elle, elle avait mis ces pieds restaurés de la nuit, tout mignons, tout croquants, espérant que les mots la protègeraient des cailloux pointus, des bosses de la ponctuation et de tout ce que ses dix doigts à la terre posés avaient déjà pu endurer depuis…depuis qu’elle avait cessé de se bander les yeux pour écrire la vérité.

Alors elle les a enfilés, ils étaient tout guillerets, les mots, de la pluie d’automne qui gonflait les flaques au son des djembés de peau de chèvre détendue, comme un matin virevoltant… mais un matin sourd, un matin de retour de noces trop arrosées car la poésie n’était déjà plus là.

Les pieds n’allaient plus.

Elle, elle avait juste pensé à son  petit orteil qui dépasserait alors elle l’avait découpé à la forme du mot initiale et puis le gros poumon, l’énorme sac de réserve des sensations sous la voûte plantaire, elle l’avait massé au plancton avant de l’aplatir pour qu’il épouse la perfection.

Alors les mots n’ont plus voulu de ces pieds débiles.

Tous les mots, et même le silence, le silence tout innocent, le silence tout nu… Tout l’a laissée démente horizontale de souffrances.

 

Vouloir écrire aussi beau qu’une chaussure rend le pied complètement inconscient.

 

Demain…Asl& essaiera ses nouvelles pantoufles de verre !

Par LTDS - Publié dans : Le Temps De Sourire
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Mercredi 7 octobre 2009

 

Il faut que je vous dise combien je déteste cet endroit, que ça me pousse jusque dans les os, que mes pieds s’en tordent et que mes yeux se rivent à la pendule tandis que je sue d’énormes gouttes qui me troublent l’envie de pleurer. Je suis à la fois dans ma prison pour enfant où je ne peux rien faire en dehors des flèches sous peine de me blesser ou même de mourir et je suis à la fois dans mon âge qui se désespère que ce lieu ait été créé pour durer encore des générations.

Je hais ce double labyrinthe, les « comme ça » d’un côté, les « comme ci » de l’autre, les portes ôtées sur des gouffres de béton où le vert de la tuyauterie parfois, les bons jours, me font rêver que tout explosera. Et je suis là avec l’envie de casser la gueule à celle qui me dit que j’ai eu deux minutes d’avance, et je suis là à crier : remontez ! en terminant hurlant dans ma tête…on fout le camp…Il n’y a pas de palmiers. C’est vrai il n’y a pas de palmiers, même des faux, pas de sourires non plus, même des demis. Rien que des cris, et des cris qui se cognent aigus et rebondissent sur les carrelages des murs avec le panneau interdit, interdit de courir.

Après c’est fini, je fourre pêle-mêle mon aréna, ma fiche horaire, ma liste sans disparus, le bleu de l’éponge, le seul bleu, le vrai, le rectangle de douceur qui vient de la maison. Je prends la petite main pour ne pas me perdre, il faut encore traverser le dernier corridor pour retrouver les « comme ci ».

Après c’est mieux, on a tous faim, on ne pense qu’à ça. Mais dans la bétaillère aux amortisseurs vendus en option pour les habitants de sibérie orientale, dans la centrifugeuse mobile qui traverse un champ de guerre broyé par les mines, il est interdit, interdit de manger. Les estomacs remontent en hoquets de javel sous les cahots, tapissant les vitres de buée. Entre les tours grises, qui elles, je le dis en passant, seront bientôt explosées des yeux et des champignons qu’elles abritent greffés depuis le jour de leur construction…ils dessinent des coeurs et moi je me fais un tout petit palmier déguisé en arbre, parce que je ne sais pas faire les palmiers, juste les croquer… comme une boîte de petits coeurs.

Enfin ! Les fermetures des sacs s’arrachent plus vite que l’éclair, on mange et on mange du banc à la poubelle en courant, parce qu’il n’y a pas une goutte de temps à perdre pour jeter les papiers. Et moi, moi je trempe les miettes géantes de leurs offrandes dans un café tiède mais qu’est-ce que c’est bon !

Derrière la vitre, deux ombres m’attendent : et la chanson s’arrête. La porte s’ouvre : « Melle Asl& pouvez-vous venir un instant ? ». Je range la troupe qui bizarrement s’est déjà rangée toute seule, et là, dans le cagibi qui sert de tout, sauf d’être un lieu de rencontre humaine, c’est la maman de la petite main qui se lève et fond en larmes.

Je ne retournerai plus dans cet endroit que je déteste si à la fin on enlève les petites mains à leur mère sans que je n’aie rien pu dire.

Par LTDS - Publié dans : brouillon du temps
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Samedi 3 octobre 2009

 

Le sourire

 

Elle souriait déjà, elle hésitait entre rallumer le chauffage pour ôter ses moufles et laisser courir les mots sur le clavier ; ou simplement faire défiler le curseur de son gros pouce pour ouvrir le ventre de l’ordinateur et mettre à jour, rien que pour elle les entrailles de l’enfer passé. (bien sûr elle exagérait…mais elle avait froid!).

Volodia Sminervovna avait changé.

D’avoir soupiré trop fort, du châtaignier alors elle était tombée. Elle s’était dit : ce n’est rien, les rêves et l’amour seront toujours là à portée de coeur, les ailes du voyage effaceront tous les ravages que j’ai au corps, dedans et puis dehors.

Et les années passèrent. Volodia avait le bonheur de se sentir aimée mais elle pleurait, elle pleurait, et plus elle pleurait, elle pleurait. Cela aurait pu durer toute la vie parce que pour sécher ses larmes, elle n’avait rien trouvé de mieux qu’écrire encore davantage.

Puis un jour, en plein été, la force guidée par la colère d’une voix s’abattit sur elle comme la foudre. Les chaînes se déboulonnèrent et le gros boulet commença à glisser loin d’elle. Ce qui la sauva, ce fut de ne pas se retourner mais d’emplir son être d’un peu plus de liberté chaque jour parce qu’Elle était là pour lui tenir la main.

Volodia souriait, finalement elle ouvrit la fenêtre pour respirer l’automne, il faisait bon, et pour écrire, et ne pas écrire, mais elle pensait « écrire » et pas au verbe fuir…

 

Par LTDS - Publié dans : Volodia Sminervovna
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Mardi 29 septembre 2009

 

Elle était une fille sans histoire, que ce soit histoire au singulier, au pluriel, avec une majuscule ou pas. Elle vivait du verbe vivre qui désignait le monde des vivants. Elle n’avait jamais survécu puisqu’elle était sans histoire, que ce soit histoire au singulier, au pluriel, avec une majuscule ou pas (ne vous inquiétez pas, je suis une répéteuse professionnelle qui aime les refrains). Elle avait été née d’un homme et d’une femme, mais pourquoi pas ? Dans les contes, il y a des choses pires encore, des « il y avait une fois » des ogres qui mangeaient des petits enfants…Enfin au moins, elle était sortie de quelque chose d’assez probablement normale.

Un jour, il ne se passa rien, comme elle était sans histoire, que ce soit histoire au singulier, au pluriel, avec une majuscule ou pas, elle disparut tout simplement.

On ne peut pas dire que personne n’entendit plus parler d’elle, on ne peut davantage dire que l’on continuât à parler d’elle, on ne peut rien dire en fait, même pas qu’il n’y avait pas d’absence.

Mais voilà !

Ah ! Ah ! Ah !

Alors qu’elle était morte et déjà remplacée par une autre fille sans histoire (que ce soit histoire au singulier, au pluriel, avec une majuscule ou pas), l’Histoire en majuscule aux lèvres rouges plurielles sur sa bouche de fille sans histoire (que ce soit histoire au singulier, au pluriel, avec une majuscule ou pas),  vint déposer sur sa bouche un baiser. Et c’est ainsi que l’Histoire fit naître une boucle…&&&&&

Par LTDS - Publié dans : Histoires de la sorcière bleue
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Vendredi 25 septembre 2009

Elle pose ses énormes sacs dans l’entrée…pose ? Lâche comme deux sacs de 100 kg, du poids de la masse, des boulets, sauf qu’ils ne roulent pas, ils s’ancrent dans le sol, deux piliers noirs encadrant le miroir. Sur le miroir, elle  jette sa veste, enfin jette ? Un geste du poignet pour entourer de la manche la tête d’un cygne noir, celui à la tête à l’envers, toujours le même, celui du milieu tout usé qui ne brille plus. A la première marche tire-bottes de l’escalier, elle libère un peu de sa hauteur et déjà l’eau coule sur ses mains, la suie part en mousse grise, le chat fait la danse des pieds retrouvés, elle sautille encore malgré elle, la journée charbonneuse sera un plus longue à dépoussiérer.

Assise à la table, contemplant par la fenêtre entrouverte, le bout d’un érable silencieux sous le soleil couchant, elle revoit une conversation à laquelle elle participait en début d’après-midi, mais elle la revoit sans son, sans son…parce que son arc-en-ciel avait  bourdonné dans la paume de sa main comme une gentille abeille.

Elle se souvient.

Ses longs doigts se glissent dans l’étroite poche plaquée sur sa cuisse gauche, elle dit 660 et l’abeille s’envole libre sur son oreille. Elle sourit.

Elle s’est enfuie à l’heure sonnante, le cerveau titubant entre la mauvaise haleine d’une collègue et la fesse d’une autre hurlant. Sur les toundras, elle a laissé s’évanouir le regard lourd d’une secrétaire, lourd du boeuf qui juge les sauterelles à la couleur d’un imprimé, la connerie déteint si vite.

Lundi il faudra bien lui faire une grimace avec un coup de soleil de Belgique sur le nez, parce que les énormes sacs dans l’entrée pour les soulever il faut des ailes qui ne poussent que pendant le week-end.

La voici gris clair, elle pense à sa veste de vent qu’elle enfilera demain, dès l’aube fraîche. Elle pense aussi à une autre fin de semaine qui se rapproche sur le calendrier et elle s’éclaircit encore davantage. Elle pense de plus en plus loin que la page redevient toute blanche d’écrire tout ce qui lui fait plaisir.

Elle le sait.

Par LTDS - Publié dans : brouillon du temps
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Mercredi 23 septembre 2009

J’ai hâte de m’habiller en jonquille de printemps. Rejoindre le royaume oublié des virgules et des points, quand les mots s’écrivent d’eux-mêmes, juste avant le grand jardin du sommeil. Deux ou trois notes de lavandin en rêvant au sel doux de l’Himalaya, deux ou trois gouttes d’un champ de fleurs croustillant de soleil et qui s’évapore pour m’envelopper dans le nuage d’une cotonnade.

J’ai hâte de m’habiller en jonquille de printemps. Les manches si longues qu’elle sait me prendre tous les bras, une caresse toute douce nouée de fils de Chine qui me traverse d’un sourire. Les jambes longues aussi, longues comme le Yang Tsé Qiang qui enveloppent mes pieds jusqu’aux talons sur lesquels je glisse…Je rêve déjà d’une fin d’hiver de neige fondant sous le rêve d’une île brûlante.

Le jour s’évanouit de n’être rien, sans m’avoir touchée une seconde. Dans quelques heures je serai le sourire de la Joconde, une jonque plus haut au pays des maharadjas…je serai dans mon pyjama… 

Par LTDS - Publié dans : Le Temps De Sourire
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